Introduction

En France, depuis bientôt presque trois ans, l'opposition est inexistante. Par conséquent, elle ne remplit pas son rôle démocratique. Ainsi, ni le bilan très moyen du gouvernement, ni les erreurs politiques du parti au pouvoir (nomination de Jean Sarkozy à l'EPAD, mensonge sur la présence du président à Berlin le 9 novembre 1989, ministres « plantes vertes » tels que Fadela Amara ou Rama Yade etc.), ni les réformes qui malmènent le service public (privatisation de la Poste, réforme des universités et des hôpitaux etc.) ne rencontrent de contradicteurs sérieux. Alors que tout ceci devrait fournir à l'opposition un boulevard, elle semble dans une impasse. Nous allons ici esssayer de décoder cet état de fait.

Stratégie de Nicolas Sarkozy

Tout d'abord, plusieurs manoeuvres politiques de Nicolas Sarkozy neutralisent avec brio cette opposition :

1) L'occupation du paysage médiatique. En effet, l'UMP et le gouvernement essayent d'être présents tout le temps et sur tous les sujets dans les médias. Nicolas Sarkozy passe lui-même plusieurs fois par semaine à la télévision. Ceci est facilité par le fait que la plupart des grands médias (télévision, radio, presse papier et même publicité) sont détenus par des amis du président. Dans ce contexte, l'opposition est visiblement souvent prise de court et semble manquer de vitesse et d'organisation pour réagir. Cela donne l'impression au public d'une UMP largement dominante et d'une opposition à la traîne. Pour peser sur la sphère politique, il faut être visible dans les médias.

2) L'ouverture politique. Ce concept sarkozyste et relativement inédit a pour but de semer la zizanie au PS. Il consiste à donner à des figures populaires de la gauche des postes et des responsabilités au sein du pouvoir actuel. Éric Besson, directeur de campagne de Ségolène Royal pour les Présidentielles de 2007 qui avait rejoint Nicolas Sarkozy en plein second tour, et actuel ministre, en est un bon exemple. Bernard Kouchner en est un autre. On pourrait citer également Michel Rocard, Jack Lang voire Dominique Strauss-Kahn. Cela sème évidemment la confusion dans la tête de l'électeur (ils peuvent penser que les socialistes sont des opportunistes, ou de droite, ou ont les mêmes idées que le gouvernement etc.) et enlève à l'opposition ceux qui auraient pu devenir des compétiteurs du président. On peut aussi penser que la nomination de Frédéric Mitterand a sûrement un rapport avec un patronyme célèbre. Et pour ne pas trop fâcher l'électeur de droite, on pratique aussi l'ouverture à droite de l'UMP, en travaillant avec Philippe de Villiers. Et le tour est joué !

3) Diviser pour régner. Depuis qu'il est au pouvoir, Nicolas Sarkozy ne cesse d'utiliser cette stratégie contre l'opposition, et donc essentiellement contre le PS, principal parti d'opposition. Au début du mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy a laissé progresser l'extrême gauche. Cette dernière, qui est déjà montée en force grâce aux nombreux conflits avec le gouvernement (notamment sur l'éducation et les retraites), a semblé être considérée comme un interlocuteur par le gouvernement. à l'égal du PS, ce qui endommage le flan gauche du PS. Lors des élections européennes, le gouvernement a mis l'accent sur l'écologie et a poussé en avant Les Verts, là aussi considérés comme un interlocuteur égal du PS. En résumé, dans les médias comme dans les urnes, le PS a du mal à percer et à féderer face au NPA et aux Verts de plus en plus puissants. Pendant ce temps, la droite est unie derrière Nicolas Sarkozy, qui a su rassembler une bonne partie des centristes et de l'extrême-droite. Cette stratégie n'est pas inédite : François Mitterand avait fait exactement la même, en laissant progresser le FN et en rassemblant derrière lui PS et PC.

Problèmes internes aux partis de gauche

Nous voyons donc qu'avec ces trois tactiques ci-dessus, l'opposition est déjà salement amochée. Cependant, d'autres problèmes interne à l'opposition viennent encore compliquer la tâche.

D'une part, le PS est un grand parti où de nombreuses tendances politiques différentes sont représentées, de l'extrême gauche au centre, d'où des tensions importantes et des difficultés à se mettre d'accord sur la marche à suivre ensemble. On l'a vu lors des divergences concernant le référendum sur le TCE. En outre, le PS voit son champ d'action réduit par les débordements de Bayrou sur sa droite et ceux du Parti de gauche sur sa gauche, soutenu par un PC obsolète qui refuse de mourir. Enfin, le PS, qui progressivement glisse vers le centre et ne s'oppose pas au libéralisme, a du mal à définir un programme politique clair et cohérent.

Les Verts ont à peu près le même problème que le PS : lors des dernières élections européennes, ils ont présentés comme tête de liste Daniel Cohn-Bendit et José Bové, classés respectivement au centre-droit et à l'extrême-gauche. Sans compter que leur positionnement à gauche a provoqué la création d'une force écologique concurrente à droite (Génération écologie et Alliance écologiste indépendante) et que l'écologie est de plus en plus présente dans le programme de la plupart des formations politiques.

En dehors de ses problèmes d'identité, le PS est ravagé par une guerre de chefs, où aucun leader parmi une bonne dizaine ne semble pouvoir s'imposer à moyen terme et donc n'arrive pas à rassembler et communiquer efficacement. Ségolène Royal, bien qu'un peu charismatique, a déjà démontré qu'elle ne pouvait pas s'imposer face à Sarkozy et sème continuellement la discorde dans son propre camp. Laurent Fabius paraît trop technocrate et dépassé, comme Lionel Jospin. Jack Lang et Michel Rocard courtisent Sarkozy, Manuel Valls aussi, de manière un peu plus subtile. Gérard Collomb, le maire de Lyon, est isolé, et Bertrand Delanoë, pourtant talentueux, ne fait pas l'unanimité. Dominique Strauss-Kahn, occupé au FMI, reste à l'écart. François Hollande est trop mou et son bilan à la tête du parti n'est pas fameux, tout comme Julien Dray - sans compter ses ennuis judiciaires. Martine Aubry ne semble pas avoir un charisme et son action à la tête du PS ne fait pas d'étincelles - c'est cependant récent. Vincent Peillon courtise le centre. L'avenir du parti est peut-être du côté de Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg, bons orateurs, ou de Henri Emmanuelli, mais les jeux ne sont pas faits.

Les Verts sont en guerre des chefs perpétuelle et n'ont pas vraiment de leader non plus. Le PC et le Parti de gauche ont des meneurs clairement établis, mais ils ne paraissent pas en mesure de rassembler derrière eux l'opposition. Le NPA a un leader solide et très charismatique, mais le parti refuse obstinément toute alliance et donc ne peut pas constituer de vraie force d'opposition.

Conclusion

Au final, l'opposition est divisée en de multiples partis, ne possède pas de leader derrière laquelle elle pourrait se rassembler et subit en outre les manoeuvres mises en place par Nicolas Sarkozy pour la neutraliser. Par conséquent, elle est inaubible, ne possède pas de programme auquel s'identifier et ne remplit pas son rôle. Ceci est très dangereux pour la démocratie, car le gouvernement peut faire à peu près n'importe quoi sans contestation démocratique et sans se heurter à un contre-pouvoir.