Pendant les fêtes de fin d'année, en dehors des accidents de ski de stars, une nouvelle a résonné dans l'hexagone. Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, veut faire interdire les spectacles de Dieudonné, à coup de grands discours et même d'une circulaire destinée aux maires et au préfet.

Pratiquant un humour noir, caustique, politique, décalé et provocateur, Dieudonné se classe parmi les Christophe Alévêque, Jérémy Ferrari ou Stéphane Guillon. Dans les années 1990, il s'engage en politique pour lutter contre le Front National. À partir du début des années 2000, alors que ses propos sur les catholiques et les musulmans n'avaient provoqué que peu de réactions, ses sketches sur les juifs et Israël font un tollé auprès de la communauté juive. Les associations juives (UEJF, LICRA) et anti-racistes montent au créneau et plusieurs procès ont lieu. Des appels au boycott sont lancés. Dieudonné se fait agresser physiquement, ses spectacles sont perturbés par des militants juifs. Dieudonné persiste. Provocation, rébellion, paranoïa ? Dieudonné s'obstine, prend à partie des personnalités quasi-systématiquement juives et assassine la politique israélienne dans ses sketches et dans les médias. Il devient « l'humoriste qui fait des blagues sur les Juifs » et de facto fait de l'humour communautariste. La plupart de ses soutiens se désolidarisent de ses propos, alors que l'extrême-droite le drague. Alain Soral semble exercer une influence importante sur l'humoriste. Son public traditionnel et historique est perplexe. Les attaques redoublent et Dieudonné renchérit dans les provocations. Ses détracteurs voient dans n'importe quel de ses faits et gestes un antisémitisme radical. La provocation devient son fond de commerce et son moyen d'exister dans les médias où il est censuré et diabolisé. Nous sommes en 2014.

Dieudonné est-il devenu antisémite ? Peut-être. Ce n'est certainement pas une raison pour interdire ses représentations. Dieudonné est un humoriste, pas un gourou. Personne n'est obligé d'acheter un billet pour aller voir ses spectacles. Quid de la liberté d'expression des artistes ? Marine Le Pen et le Front national ont le droit de faire des meetings partout et cela n'a jamais été remis en question, pas même par Manuel Valls. Ensuite, il n'est pas sûr que cette interdition tienne juriquement et l'humoriste va évidemment contester les décisions des préfets devant les tribunaux administratifs. Enfin, quel est l'intérêt de cette censure ? Cela ne fera pas changer les idées ni de l'humoriste, ni de son public. Il ne faut pas interdire aux gens de s'exprimer, il faut combattre leurs idées avec des mots. Cela ne devrait pas être dur pour Manuel Valls, pourtant politicien professionnel et communicant brillant. Manuel Valls, qu'on a accusé d'avoir stigmatisé les Roms il y a quelques mois, voudrait-il rehausser sa côte de popularité sur le dos de Dieudonné, et en profiter pour se mettre dans la poche les voix de la communauté juive ? Facile, mais stupide.