Cela fait déjà un moment que le tsunami a ravagé le nord-est de l'île de Honshu et a causé la castrophe de Fukushima. Il est temps de tirer plusieurs conclusions. D'une part, le Japon, réputé pour sa sécurité en matière de nucléaire (par opposition à la catastrophe de Tchernobyl, considérée mal gérée par des soviétiques négligents), s'est révélé être complétement amateur. Les décideurs japonais ont été incapables d'anticiper quoi que ce soit, lents et désorganisés pour la gestion de catastrophe, cachotiers vis-à-vis de la population, fermés aux offres d'assistance étrangère. Enfin, on a vu, avec Tepco, que la sécurité industrielle et les profits des actionnaires peuvent entrer grandement en contradiction. Falsification de rapports, dissimulation d'accidents nucléaires, contrôles pas faits ou bâclés, embauche de sous-traitants « low cost »... La France, où EDF va progressivement vers la privatisation, ferait bien d'en prendre un peu de la graine. A mon avis, le nucléaire ne doit être envisagé qu'avec un niveau de sécurité très élevé et un contrôle permanent par des autorités les plus indépendantes possible.

Cette catastrophe est l'occasion de réfléchir sur le nucléaire. Quels sont ses principaux défauts ? Premièrement, comme nous le montre Fukushima, c'est très dangereux. Des incidents peuvent avoir des conséquences dramatiques pour l'écologie et la santé. On notera que de petits accidents, malheureusement assez fréquents, provoquent également des rejets radioactifs atmosphériques et liquides dans l'environnement. D'autre part, c'est une technologie qu'on a lancé alors qu'on ne la maîtrise pas vraiment : on ne sait pas traiter ses déchêts, dont la durée de nocivité est jugée par les spécialistes de l’ordre du million d’années. On les stocke donc en espérant que nos descendants sauront les traiter un jour : pas très responsable, comme attitude. Quels sont les avantages du nucléaire ? Eh bien, cela permet de produire énormément d'énergie pour un coût assez bas. « Assez » mais pas très bas, car il faut notamment y intégrer les coûts liés à la sécurité, le traitement des déchets nucléaires et le démantelement des centrales. Il permet également aux pays qui n'ont pas de ressources naturelles (charbon, pétrole etc.) de se dôter d'une indépendance énergétique.

Face à ses problématiques, certains pays comme la France continuent d'investir massivement dans le nucléaire. D'autres, à l'inverse, renoncent à l'énergie nucléaire, comme l'Allemagne. Le sujet est aussi extrêmement politique et aboutit parfois à des inepties : par exemple, des pays condamnent l'énergie nucléaire mais en achètent chez leurs voisins ; ou bien des entreprises qui vivent du nucléaire essaient d'étouffer toute recherche dans des énergies alternatives ; ou bien des écologistes militent contre la création de nouvelles centrales, alors que ces centrales plus modernes et sécurisées permettraient d'en fermer des anciennes moins fiables.

Je pense que le débat sur le nucléaire est l'arbre qui cache la forêt. Bien sûr, il est nécessaire de réfléchir à une sortie du nucléaire à moyen terme et de miser sur des énergies alternatives et renouvelables. Mais regardons les alternatives choisies par les états actuellement. Les centrales à charbon ? Elles émettent beaucoup de CO2. Les barrages hydrauliques ? Ils détruisent massivement l'environnement et la faune des vallées et des cours d'eau où ils sont installés. Le gaz ou le pétrole ? Polluant à extraire et utiliser, dangereux et en quantité limitée. Les panneaux solaires ? Ils sont faits de matériaux polluants qui doivent être changés tous les 20-30 ans, produisent peu d'énergie et leur fabrication nécessite l'utilisation d'un gaz très polluant. Les éoliennes ? Elles produisent peu d'énergie et ne peuvent être qu'une énergie d'appoint (le vent varie). Énergie géothermique ? Elle abîme l'environnement et produit une modification des pressions dans les sous-sols et peut avoir un impact sur l'activité sismique. Biocarburants ? Peut favoriser l'agriculture intensive et diminue les ressources alimentaires. Aucune bonne solution ? Pas vraiment : la recherche avance progressivement, et de nombreux projets intéressants apparaissent du côté des énergies renouvelables : récupérations de la chaleur produite par l'activité humaine, moulins à eau fonctionnant grâce aux courants marins. Mais rien à court terme. Bref, le nucléaire est pas génial, mais le reste non plus.

Les énergies renouvelables, c'est bien, c'est ce qu'il faut. Mais cela ne suffit pas. Le débat se situe plus largement au niveau d'une réflexion sur l'écologie. En effet, nous sommes dans une société de consommation. Combien de militants anti-nucléaires se précipitent pour acheter le dernier iPod, iPad ou écran plat ? Nous utilisons chaque année de plus en plus d'énergie pour vivre : transports, appareils électroménagers, informatiques, téléphonie mobile, gadgets multimédia. Il faudrait réfléchir pour que toutes ces technologies soient les moins consommatrices possibles. Ainsi, les téléviseurs LCD modernes consomment 30% de plus que les anciens téléviseurs cathodiques. Les départements R&D des fabricants ont-ils intégrés la problématique des économies d'énergie lors de la phase d'ingénierie ? Un autre exemple : si les logements étaient mieux isolés contre les pertes de chaleur, on pourrait arrêter au moins une centrale nucléaire. Il y a des tas de petites choses que l'ont pourrait faire au quotidien, comme utiliser un chauffe-eau solaire dans les régions qui le permettent. Pour que cela soit efficace, il faut que chacun accepte de changer ses habitudes.