En ce moment où certains usent d'une violence inouïe (en paroles et parfois en acte, comme lors de la manifestation du 17 novembre) pour tenter de faire interdire un mariage et une adoption qui ne les concerne pas, j'ai presque envie d'arborer de battre le pavé en slip arc-en-ciel. Mais non, je vais plutôt donner quelques réflexions sur pourquoi la décadence annoncée n'aura pas lieu.

Les couples homosexuels existent déjà, et certains ont déjà des enfants. On ne fait que légiférer sur une situation qui existe dans les faits, pour que les enfants d'homos aient les mêmes droits (héritage, autorité parentale...) que les enfants d'hétéros. Il y a des enfants d'homos, même s'ils ne peuvent pas revendiquer la double filiation. Il y a un ou deux parents adoptifs, mais même si ce ne sont pas des géniteurs, ce sont bien des parents (qui élèvent, éduquent, protègent etc.). Effectivement, ils ont aussi un ou deux autres parents biologiques. Mais cela existe déjà depuis très longtemps dans la société : adoption de couples hétérosexuels, familles recomposées suite à un décès (plus récemment, à un divorce).

Il n'y a aucun boulversement majeur de la société dans la loi Taubira. C'est juste reconnaître que les homosexuels aussi peuvent être de bons parents (leur différence avec les hétéros, c'est leur sexualité, et la sexualité se passe dans la chambre à coucher hors de présence des enfants). C'est donner les droits de se marier et d'adopter aux homos, droits qu'on déjà d'autres « minorités » comme les aveugles, les noirs ou les sado-masos. De plus, malgré ce qui est parfois dit, le mariage civil est une instutution qui a évolué depuis son introduction, notamment avec l'introduction du divorce.

On nous parle de l'importance d'un papa et une maman : d'une part c'est un peu caricatural, car les hommes ne sont pas tous pareils, les femmes non plus. D'autre part, un enfant d'un couple d'hommes aura sûrement des mamies, des tantes, des cousines, peut-être une soeur, une maîtresse, une voisine... Il y a plein d'autres référents.

J'ai aussi l'impression que certains ont peur que l'égalité des droits pour les couples homosexuels aboutisse à une « vague rose », une société où les homosexuels deviendraient majoritaires. Je sais qu'être homo est vu comme quelque chose « à la mode », mais promouvoir l'homosexualité n'a aucun sens. On est homo ou bien on ne l'est pas ; il s'agit de sexualité, de pulsions ; celui qui est attiré (toujours ou ponctuellement) par quelqu'un du même sexe l'aurait été avec ou sans loi. La différence avec l'égalité des droits devant la loi, c'est que chacun peut assumer ce qu'il ressent sans se sentir coupable. On peut répéter à des mecs hétéros qu'être homo c'est super cool, ils n'épouseront pas un mec s'ils ont un minimum de cerveau.

On entend aussi que la légalisation de l'homosexualité peut conduire à la légalisation de dérives, comme la pédophilie, la polygamie, la zoophilie ou l'inceste. Chaque point est à débattre : le mariage polygame ne me gêne pas, s'il est consenti, ce qui n'est pas le cas du mariage zoophile. Mais si on veut placer des gardes-fou, il ne faut pas le faire au détriment des homos.

Certains disent également qu'il faudrait un autre mot pour les homos. Mais au bout d'un moment, c'est un peu jouer sur les mots pour rien ! Pourquoi un autre mot pour les homos, si c'est les mêmes droits ? Il y a une époque où les mariages interraciaux étaient interdits, quand on les a finalement autorisés, on a pas choisi un autre mot pour les couples mixtes.

Pour conclure, je n'oublie pas que dans les opposants au mariage homosexuel il y a des gens de bonne foi. Des gens qui se disent que le cocon familial traditionnel est sans doute le meilleur pour l'enfant. Des gens qui ne connaissent pas d'homosexuels, qui pensent que ce sont des gens de mauvaises mœurs. Des gens qui ne savent pas qu'il y a des études sur les enfants d'homos et qui ne connaissent pas . Ces gens sont homophobes, mais pas dans le sens aggresifs du terme : ils ont peur, par méconnaissance. Ce n'est pas grave ; pour le PACS, en 1998, nombreux étaient contre et en 2013, tout le monde est pour. Dommage que l'UMP et Jean-François Copé n'aient pas compris cela. Rendez-vous dans dix ans ! Evidemment, il y a aussi une bonne part de militants d'extrême-droite et de catholiques intégristes qui se réjouissent à l'idée de casser du pédé. Mais cela, c'est un baroud d'honneur : toutes les familles auront bientôt les mêmes droits.